Nécrologie


Je n’officie plus en ces pages depuis juin 2016,
mais sur le encore balbutiant pornarina.blogspot.fr.

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Note sur Les Nouvelles Métropoles du désir d'Éric Chauvier



Trois adolescentes agressent un hipster en centre-ville. Témoin du lynchage, le narrateur intervient. Les agresseurs s'éclipsent. La victime entre dans un “bar-club très tendance”. Le Dark Rihanna. Le narrateur y pénètre également. Ce narrateur est de façon assumé l'auteur, Éric Chauvier, qui a peut-être ou non vécu cette scène dans l'espace non-fictionnel. Quoi qu'il en soit impossible pour lui de commander une simple bière au Dark Rihanna — il ne possède pas les codes du lieu. La clientèle est jeune, branchée. Éric Chauvier la décrit en détail, sociologiquement, anthropologuiquement, se référant aux stars mondiales (Rihanna, Patti Smith, Lana Del Rey…) comme à des archétypes pour classer chaque client d'après son style vestimentaire et son attitude. À partir de là, l'auteur aborde et mêle une multitude de sujets — racisme et violence, misère de l'espace périurbain, opposition campagne/centre-ville, vacuité de la mode et de la culture de masse, de Booba à Russell Crowe. Sans trop au départ en percevoir la finalité, on partage les pensées d'un quarantenaire père de famille, anthropologue intrigué/fasciné/affligé par l'ère consumériste des smartphones et la culture mondialisée. Ni roman ni essai, ce texte est une conversation. Ou plutôt je l'ai perçu comme le partage d'un sentiment de désarroi. Les Nouvelles Métropoles du désir méritera amplement des lectures ultérieures — maturation d'une conversation pénétrante avec Éric Chauvier. Encore une pépite des éditions Allia.

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Note sur This Way for the Gas, Ladies and Gentlemen de Tadeusz Borowski



Dans ses nouvelles, toutes à la première personne, Tadeusz Borowski (1922-1951) décrit les atrocités des camps d'extermination d'Auschwitz, notamment la routine des prisonniers — dormir, manger, travailler et tomber amoureux, quand à quelques mètres d'autres prisonniers sont assassinés. Témoignage entre réalité et fiction (Borowski ayant connu l'horreur des camps), This Way for the Gas, Ladies and Gentlemen vaut surtout pour l'expérience vécue qu'il rapporte : sans ce lien avec la réalité, difficile d'en faire un “chef-d’œuvre de la littérature mondiale” comme le proclame l'introduction de Jan Kott. Nous sommes très loin ici de la littérarité de L'espèce humaine de Robert Antelme (autre auteur déporté). Ni mal ni bien écrites, presque exclusivement descriptives, les nouvelles de Borowski ne développent aucun fil narratif et sont trop peu portées vers l'introspection. Pour autant la charge horrifique est telle qu'elles parviennent à leurs fins. On en sort écœuré.

Weird Television : Sator Absentia – Panorama.

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Note sur La Tour d'amour de Rachilde



Huis clos, phare, nécrophilie. On ne peut pas mieux et succinctement résumer La Tour d’amour. Considéré comme le chef-d’œuvre de Rachilde (1860-1953), il paraît en 1899 au Mercure de France. Il s’agit d’un très court roman d’ambiance. (Roman salé d’abord, huileux ensuite, carné enfin.) Fraîchement engagé sur le colosse phare d’Ar-Men, Jean Maleux nous raconte Mathurin Barnabas, un vieux gardien pour le moins taciturne et chauve le jour, chantant comme une femme et chevelu la nuit. Bientôt des navires sombrent et des cadavres s’échouent sur les rocs. Rien de vraiment sanglant ou gore ne se passe (à deux ou trois exceptions près). Tout est axé sur le mystère et l’étrange. L’amour n’est pas absent à la fin. Style époustouflant, ambiance inoubliable, La Tour d’amour est le plus beau roman décadent que j’ai pu lire à ce jour.

Note sur La Zone d'intérêt de Martin Amis.



La Zone d'intérêt amalgame la Shoah et le marivaudage. Amis raconte les préoccupations ordinaires de nazis “travaillant” dans un camp de concentration. Il alterne entre trois points de vue. Doll, le commandant du camp. Thomsen, un officier SS courtisant la femme de Doll. Et Smulz qui travaille “au milieu des morts, avec les cisailles, les pinces, les maillets, les seaux de rebut d'essence, les louches, les hachoirs”. Le roman retranscrit avec une terrible force l'horreur latérale du camp, pas celle vécue par les prisonniers, mais celle ressentie, consciemment ou non, par les êtres gravitant autour des fours et des cadavres. On ressent un écœurement continu et la fascination morbide nous pousse à continuer la lecture. Sur ce point, Amis a réussi son roman. Sur tous les autres ou presque, il l'a raté. Les personnage sont creux, peu intéressants (excepté peut-être Smulz). Trop souvent Amis s'égare dans des scènes loin de son sujet. La Zone d'intérêt vaut uniquement pour sa documentation et l'horreur qu'il parvient à faire éprouver. On conseillerait de ne lire que les cent, deux cents premières pages.